Du trocadéro au troquet des héros *

Hier matin transats et parasols avaient déjà disparu depuis deux bons mois des berges de la voie Georges Pompidou. Mais les conditions météorologiques pouvaient pourtant laisser penser aux quelques 22000 concurrents au départ des 20 kilomètres de Paris que le plein été régnait toujours sur la capitale. Cette course au parcours très plaisant mais finalement exigeant s’annonçait passionnante et allait tenir toutes ses promesses.

Dans le sas de départ, sur le pont d’Iéna, en attendant le coup de feu qui allait lancer la grande offensive, je me sens comme Napoléon préparant la bataille du même nom. Les sentiments sont mêlés. Un magma en fusion, mélange d’émotion, de peur et d’excitation, m’anime à cet instant précis. Emotion d’être au départ de cette grande course avec des gens qui comptent. Peur d’être enfermé dans la nasse sur les premiers kilomètres et de perdre un temps précieux qui mettrait en péril une bonne gestion de course. Excitation de mettre enfin en (chef d’) oeuvre tous ces kilomètres accumulés à l’entraînement.

Six mois jour pour jour après avoir remonté l’avenue Foch à bout de souffle pour boucler le marathon, je m’apprête cette fois-ci à la dévaler à toute vitesse dès le deuxième kilomètre avant de foncer vers le bois de Boulogne.

L’objectif fixé, celui de réaliser légèrement moins d’une heure et trente minutes, m’impose dans un premier temps de me focaliser sur le fanion rouge de la meneuse d’allure que j’ai aperçu au loin dans le sas et qui s’est élancé approximativement deux minutes avant moi. Une première mission qui sera menée à bien au bout d’une petite dizaine de kilomètres menés à vive allure à travers le bois de Boulogne. Le fameux fanion finit en effet par poindre le bout de sa flèche au neuvième kilomètre et je parviens à m’agglutiner au petit groupe qui entoure la meneuse, telle une abeille à un essaim, peu après le ravitaillement du dizième que je franchis en moins de quarante trois minutes. Autant dire largement dans les temps pour atteindre l’objectif initial. Je finis donc de dévaler le boulevard Exelmans dans la foulée de la dame au fanion rouge et accompagne le petit groupe sur les quais de la Seine, que nous venons de rejoindre, pendant une paire de kilomètres, le temps de me refaire une santé. Le rythme établi au sein de ce groupe est légèrement inférieur à celui que j’ai adopté jusqu’alors.

C’est donc logiquement et au train que je finis par distancer progressivement celle qui est chargée d’achever la course précisément en une heure et trente minutes. Au treizième kilomètre le moral est donc aussi ensoleillé que ce ciel d’un bleu éclatant.

A l’entame du quatorzième, même s’il emprunte l’avenue de New-York, je sais que le tracé va prendre des allures de montagnes russes pendant trois bons kilomètres. Les sorties de tunnels qui se succèdent sont autant de relances qui font très mal aux jambes. C’est le moment crucial où le mental va devoir entrer en scène pour pallier cette inéluctable baisse de régime. Je suis enchanté de constater qu’il est présent au rendez-vous. Cuisses et mollets commencent à se rebeller mais je ne leur laisse pas d’autre choix que de continuer à me faire avancer à plus de treize kilomètres à l’heure.

L’escalade du fameux pont royal au dix-septième kilomètre fleure bon les écuries du quai branly, même si celles-ci n’existent plus depuis plus d’un siècle. Il était devenu urgent d’arrêter de s’éloigner de la tour Eiffel !
Au fil de ces trois derniers longs kilomètres s’entremêlent souffrance physique, joie d’en terminer et volonté de maintenir le meilleur rythme jusqu’à la ligne d’arrivée que je franchis en une heure vingt-sept minutes et vingt secondes avec la sensation du devoir accompli.
Ou plus exactement celle du plaisir d’avoir parcouru vingt kilomètres dans un cadre que je trouve exceptionnel, dans une foule parfois un peu trop dense, avec à la clé une performance conforme à mes attentes actuelles.

(*) Le troquet des héros a été choisi sur l’avenue Kléber. La brasserie Leffe a sans doute conçu l’une des meilleures boissons de récupération que je connaisse.

Le récit illustré par le découpage kilométrique :       

crédit photo 1 : Michel Stoupak

crédit photo 2 : Wikipedia

crédit photo 3 & 4 : Moi

17 réflexions sur “Du trocadéro au troquet des héros *

  1. Bravo pour cette perf!! Avec une avance de plus de 2min30 sur l’objectif, je crois que tu as admirablement géré ta course et que tu étais en bonnes conditions. Bravo!!

  2. Wooo!! T’avais pas le droit de doubler la dame et mon Chéri qui l’accompagnais!
    Ce qui est marrant c’est que tous les ans cela me fait la même impression quand je lis les CR : j’ai l’impression que tous les gens ont fait une course différente, et en tout cas différente de la mienne!

  3. Toi aussi tu t’es fait plaisir avec un objectif plus que remplit!
    Encore un joli CR de ces 20 km…Chacun à sa propre histoire a raconter, 20000 personnes ont fait la même course mais elle est unique pour chacun!
    ;)

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