Marathon de Vincennes, sur un air de guinguette

Il y a de fortes chances (doux euphémisme…) que cette année 2011 reste gravée dans mon palmarès de modeste coureur comme l’année de la progression la plus marquée. Mathématiquement je n’imagine pas qu’un tel phénomène se reproduise. Voyez vous-même : 5 minutes gagnées sur 10 km, 19 minutes sur semi-marathon et enfin, pas plus tard qu’hier, j’ai amélioré ma référence sur le marathon de 33 minutes. Il faut noter que tous ces nouveaux records ont été établis dans le bois de Vincennes. Ma forêt de Brocéliande en quelque sorte. Et pourtant, c’est avec un capital confiance amoindri que je me suis présenté ce dimanche 30 octobre au départ du marathon de Vincennes.

D’après les archives de ma messagerie électronique, nous sommes le 8 juin lorsque je m’inscris à ce marathon. Deux mois se sont déjà écoulés depuis celui de Paris où je me suis rendu sur le parcours pour encourager mes amis de la Runnosphère. J’avais couru cet énorme marathon, mon premier, l’année précédente et ne comptais pas remonter sur cette distance en 2011. C’était sans compter sur l’immense ferveur soulevée par l’événement et les émotions partagées à l’arrivée avec les finishers. Quelques jours de réflexion suffirent alors à me convaincre que je voulais moi aussi revivre un marathon en 2011 !

Marathon de Vincennes

Rapidement je jetai mon dévolu sur le marathon de Vincennes et marquai d’une grosse croix rouge dans mon calendrier la date du 30 octobre. Et alors que je travaillais essentiellement sur la vitesse depuis le début de l’année, j’étais déjà excité à l’idée de programmer dès l’été des sorties longues hebdomadaires. C’est ainsi qu’à 16 semaines de la course qui était devenue mon objectif majeur de fin d’année, j’injectai dans mes séances des sorties de plus ou moins 25 kilomètres, sans doute trop rapides et peut être trop tôt dans le calendrier. Juillet, août et une bonne partie de septembre se déroulèrent sans anicroche particulière et je commençais déjà à fantasmer sur un chrono de rêve. Mais à l’approche de Paris-Versailles, je ressentis quelque faille morale voire psychique dans un dispositif jusqu’alors bien huilé. Sur la lancée des dernières semaines d’entrainement et avec l’appui de David, je réalisai cependant une bonne course et emmagasinai une dose de confiance non négligeable pour la suite.

Malheureusement la semaine suivante la machine se grippa pour de bon. Dans tous les sens du terme. Fièvre, moral en berne, motivation au fond des chaussettes de récupération et apparition d’une tendinite achiléenne qui me freina considérablement dans mes entrainements. Je consacrai même la première semaine du mois d’octobre à m’interroger sur le bien fondé de ma participation à ce marathon. Et puis, à quinze jours du dimanche fatidique, la tendance s’inversa, les pensées négatives s’évacuèrent, l’envie reprit le dessus. La tendinite, elle, empira. Mais j’avais décidé que j’allais partager avec elle ces 42.195 km, en serrant les dents puisqu’il allait le falloir pour me rapprocher le mieux possible de la barre des 3h30’ dont j’avais finalement fait mon objectif « officiel ».

En me réveillant ce 30 octobre je ne fais pas le fier. J’ai couru 75 kilomètres depuis le début du mois, soit la distance hebdomadaire que j’aurais aimé prévoir à ce stade de ma ‘préparation’. Je suis envahi d’incertitudes mais gonflé à bloc et prêt pour ce combat qui s’annonce rude. Je compte beaucoup sur le travail effectué pendant l’été et espère à l’approche du 30ème kilomètre, si mon tendon ne défaille pas, être solide mentalement. A mon arrivée sur l’esplanade du château de Vincennes, les prévisions météorologiques optimistes des derniers jours se confirment. Les conditions sont quasi idéales pour un marathon d’automne. Voilà au moins un élément contre lequel le mental n’aura pas besoin de lutter. Salvio est là ! Il m’a gentiment proposé de me suivre sur le parcours qui offre aux spectateurs la possibilité de voir passer la course à plusieurs endroits et même de m’accompagner après le 28ème kilomètre. J’ai décidé la veille de me coiffer de ma casquette que je ne porte, sauf exception, jamais en course. Ce marathon en sera une. Je ressens le besoin de m’isoler un peu de l’extérieur pour mieux me concentrer. Porter une casquette me procure cette sensation que je recherche.

Soleil rasant, runner pas rasé. h-1

A 9h30 précises, c’est Stéphane Diagana qui donne le départ aux quelques (3?) milliers de coureurs dont Odile Lesage son épouse fait partie qui s’aligne a priori sur le semi-marathon. Une originalité de l’événement qui fait que sur les 8 premiers kilomètres, marathoniens et semi-marathoniens se côtoieront dans les rues puis les allées du bois. Je suis enfin libéré de tout ce stress accumulé ces jours derniers. Les jambes répondent bien, je suis frais, je le sens ! Rapidement mon tendon se rappelle à mon bon souvenir mais je fais fi. J’aurais bien le temps de lui accorder de l’attention plus tard dans la course. Dès le 3ème kilomètre je fais connaissance avec Florent, un contact twitter. Il est venu avec des collègues et notre objectif commun fait de cette alliance de circonstance un avantage précieux. Nous distançons déjà presque irrémédiablement la flamme bleue du meneur d’allure des 3h30’, ce qui m’inquiète un peu quant à la rapidité du train que nous menons. L’allure est cependant très régulière et la concentration extrême.

KM 10

Le kilomètre dix est franchi en 47’08’’ sous les premiers encouragements de Salvio. Au 12ème kilomètre la légère descente vers les bords de Marne fait grincer mon tendon. La partie s’annonce serrée et je bénis les portions en légère montée (sic) qui me font moins souffrir. Le rythme est très régulier et les 10 kilomètres suivants sont couverts en 47’43’’. Nous passons devant chez Gégène sans avoir le temps de s’arrêter descendre un verre de blanc. A cet instant le meneur d’allure navigue à 5 bonnes minutes derrière nous. Le passage au semi-marathon s’effectue en 1h40’ sous de nouveaux encouragements de Salvio et de quelques supporters improvisés qu’il a recrutés tout spécialement. Effet reboostant assuré ! J’apprécie même la balade sur les bords de Marne.

KM 20

La fatigue commence à s’installer à l’approche du 25ème kilomètre. La foulée se fait plus lourde mais je suis étonnamment bien. Je sais cependant que les quelques difficultés et les passages les plus monotones de ce marathon sont rassemblés entre le 28ème kilomètre et le 32ème. Mais quand j’aperçois la silhouette de Salvio qui s’apprête à m’emboiter le pas sur le pont de Joinville c’est l’heure du bal musette qui commence. Le pont se transforme en tourniquet sur lequel nous passons, en haut, en bas, dans un sens, puis dans l’autre. L’occasion de se rendre compte que la flamme bleue s’est quelque peu rapprochée, mais pas trop en théorie puisque 49’24’’ ont été nécessaire pour effectuer les 10 kilomètres entre le 20ème et le 30ème qui est passé après 2h24’ de course.

KM 30

L’occasion également pour mon tendon de me lancer quelques décharges électriques à chaque virage en épingle à cheveu. Une sensation étrange et effrayante à la fois. Nous quittons les bords de Marne pour remonter vers le bois de Vincennes et traverser l’hippodrome qui fait des dégâts. A cet instant j’ai perdu mes compagnons de début de course. Et dans ce décor irréel et gigantesque aux tribunes vides, où règne un silence de cathédrale, les longues lignes droites exposées au vent et habituellement réservées aux stars des tiercés paraissent interminables.

Jahom - Vincennes

Sortie de l’hippodrome – KM 32

A la sortie de l’hippodrome je reçois les encouragements totalement inattendus et bienfaiteurs du chat de notre souris de la runnosphère qui s’est récemment illustrée au marathon de Berlin. En marathonien expérimenté Stan fera même quelques hectomètres avec Salvio et moi. Je suis déjà presque en pilotage automatique mais suffisamment conscient pour me nourrir de ses mots. Salvio lui reste discret, respecte le combat que j’ai entrepris avec moi-même et lâche les bons mots au bon moment. Nous sommes revenus au cœur du bois de Vincennes, dans ces allées que je connais bien. La fin du parcours est plutôt favorable, protégée du vent. L’allure, irrégulière mais pas tant que ça, oscille entre 5’ et 5’20’’. J’ai du mal à entrevoir le temps final que je peux réaliser tellement chaque kilomètre est devenu un combat à lui seul. Mais quand je trouve les ressources pour accélérer légèrement après le 39ème kilomètre, je sais que la délivrance est proche.

42.195 km

Dans le dernier kilomètre, les spectateurs très présents font oublier qu’on a mal et la haie qu’ils forment dans les 150 derniers mètres autour des barrières de l’étroite ligne d’arrivée est impressionnante. Je franchis la ligne d’arrivée et mets plusieurs secondes à réaliser que c’est terminé. Machinalement je regarde ma montre que je viens d’arrêter et qui indique 3h27’56’’.

La récompense est belle, à la hauteur du combat mental que j’ai mené dans les 10 derniers kilomètres. Je m’isole pour faire le point avec moi-même. J’en ai tellement besoin après ces quatre mois passés à beaucoup (trop) penser à cette course. Place désormais à la récupération physique, morale et mentale. Je vais rapidement me fixer un nouvel objectif mais novembre ne rimera pas avec course à pied, c’est sûr.

Jahom - Arrivée

A l’arrivée !

42 réflexions sur “Marathon de Vincennes, sur un air de guinguette

  1. Tu dois être bien content! 33 minutes de gagné, c’est pas rien ,surtout après une baisse de moral et une blessure, comme quoi, tout est possible.
    Félicitations et bonne récup.

  2. Superbe course et comme toujours un récit précis qui nous fait vivre la course avec toi. Un grand bravo à toi. Mention spéciale à Stan et à Salvio pour leur encouragement-participation. Sur la photo, il me fait penser au relayeurs en athlé, et on a l’impression qu’il te souffle dans le dos, pour te porter sous les 3h30 ! J’adore !!

    1. en connaisseurs, Salvio et Stan ont bien géré. Leur simple présence et quelques mots bien distillés ont été importants à ce stade de la course

    1. Merci Arnauld. Et pourtant je peux te dire que j’ai tenté d’adapter ma foulée pour gagner en économie et tenir la distance (foulée plus fréquente, plus courte et moins aérienne)
      Les mystères de la photographie :)

  3. Très beau marathon ! Tu l’as bien préparé et les résultats ont été au rendez-vous. Bravo pour cette amélioration de 33 minutes. Maintenant, il faut guérir cette tendinite.

    1. Merci Virginie. Si j’arrive un peu à faire ressentir l’intensité de ce que j’ai vécu alors j’en suis ravi. Bonne récup’ à toi aussi ;)

  4. C’est vrai que tu auras connu une sacrée belle progression cette année et il n’y a pas de raison que çà ne continue pas en 2012;-)
    Je maintiens quand je dis que sur les photos, tu as une sacrée belle foulée et même dans les derniers kms!

  5. Bravo!! moi j’ai préféré le repos avant pour reposer mon tendon d’achile… Belle course et belle année!! que 2012 soit aussi belle pour toi!!

    1. J’en suis sûr ! C’est assez impressionnant et sans que je m’y attende vraiment j’ai un peu craqué après la ligne d’arrivée. Peu importe le chrono. Toute cette concentration et ce dépassement de soi pendant plus de 3 heures, t’as forcément besoin de relâcher :) Les semi à côté c’est presque de la rigolade.

  6. J’adore le passage sur l’utilité de la casquette, et je valide ! :-)
    Bravo pour ce marathon de 2011, que prévois-tu en 2012 ?
    Pour moi ce sera en 2013, je suis impatiente de connaître ça !

    1. Je me suis fait enrôlé presque de force sur le prochain semi de Paris pas Greg et Salvio et puis il y aura sans doute un eco trail. je ne vois guère plus loin que le début du printemps

  7. Félicitation, trés bon chrono, tu as encore la capacité de descendre pas mal vu l’accélération dans les derniers kilomètres, qui prouvent que tu est encore bien malgrès la douleur au tendon.
    Repose toi bien, 2012 arrive trés vite ^^.

  8. Beau gosse !!! très belle perf’ avec une équipe de supporters au top du top ! Le tout à fini autour d’une bière avec les supporters du coin ? Ca a du bon finalement de faire partie d’une grande équipe/famille quand on pratique un sport individuel.

    1. c’est vrai ! pour être honnête j’ignorais vraiment ce que mon tendon allait me réserver et de quelles ressources mentales j’allais pouvoir disposer. Je me suis un peu surpris moi même d’ailleurs. Alors en prime partager ces moments avec des gars que t’apprécies, effectivement ça marque.

  9. Bien joué Philippe, et je sais de quoi je parle…
    je l’ai faite aussi et j’étais partis (pour mon premier marathon) de manière un peu trop optimiste; Je suis parti sur un chrono à 3h30 pour finir finalement à 4h39… :-( . C’est ce qui arrive quand on veut partir trop vite, pour ma part je m’était pourtant très bien préparé (40 à 60km/semaine) mais je me suis trop reposé les 7 derniers jours, enfin je pense. J’ai fais 1h50 sur le semi, donc pas trop mal, sauf que mes jambes m’ont lâché 2 kms après pour que le reste de la course soit un calvaire: crampes au mollet et au fessier gauche + les 2 voûtes plantaires très douloureuses (j’avais pourtant déjà fais plusieurs sorties de plus de 30 kms)
    résultat : les 2h45 suivantes ont été ce que l’on peut appeler un enfer. Entre alternance et marche associées à la démotivation et à l’envie d’abandonner. c’est là que le mental fait la différence !

    Alors je répète : bien joué :-)

    PS : le parcours, le temps, l’ambiance ont fait que sinon c’est une très belle course

  10. Et bien tu peux être fier de toi !! Sincèrement, c’est aussi ça, maîtriser sa préparation. Bravo et ok, on attend de voir débarquer dans nos We trail en 2012 !!

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