Le blessé imaginaire

IRMAu début de l’été dernier, je me suis blessé au pied. Après avoir cru à un bobo au niveau de l’astragale, une IRM a révélé un trait de fissure sur l’os naviculaire. Je vous laisse réviser vos cours d’anatomie.
Après ma reprise, et pour répondre à la proposition d’un site de course à pied bien connu je me suis livré au jeu de l’écriture sur ma façon de vivre cette période difficile pour moi (tout est relatif).

Mon texte n’a jamais été publié et je profite de cet espace pour lui accorder une petite place.

Ça commence par une gêne diffuse dans le pied qui se mue sournoisement en douleur au fil des séances d’entrainement les plus exigeantes. Rapidement il faut se rendre à l’évidence, employer le  vocabulaire idoine, accepter de prononcer le mot qui fait peur à tous les sportifs. Je me suis blessé. Ce n’est pas la première fois mais c’est chaque fois la même rengaine. L’espace d’un instant plus ou moins long, celui qui est nécessaire pour accepter ce nouvel état qui me renvoie sur la touche, le monde semble s’écrouler.

De consultation de spécialiste en examen radiologique, le diagnostic se dessine timidement, qui permet d’estimer le temps de repos moyen que je devrai m’infliger. Les semaines défilent, mon vélo de course et la piscine du quartier remplissent à merveille leur rôle de leurre. Le manque est toujours présent mais devient presque supportable alors que la douleur responsable de ma séparation temporaire avec la course à pied s’est déjà estompée jusqu’à disparaître de ma vie au quotidien. J’entrevois alors avec l’aval de mon podologue l’idée d’aller effectuer avec vigilance un test sur le terrain.

desperate

L’angoisse de la reprise

Tandis que quelques semaines plus tôt j’appelais chaque matin la reprise de tous mes vœux, je devins subitement fébrile et redoutai le moment où j’allais à nouveau fouler le bitume. Une pelouse souple, dans un premier temps, ferait parfaitement l’affaire pour un léger footing. C’est avec une écoute acérée de mes perceptions que j’ai enchainé les foulées puis les kilomètres, au petit nombre de quatre, prudence oblige. Je pensais fermement, avec une logique toute binaire, que ce test me donnerait la réponse ultime quant à la guérison de ma blessure. Contre toute (mon) attente, il n’en fut rien !

Si les premiers hectomètres furent avalés dans l’euphorie la plus totale, je crus rapidement devoir déchanter devant l’apparition d’une sensation étrange dans la région initialement touchée. Pas facile alors de garder tout son sang froid pour apporter la meilleure réponse face à ce que je n’avais pas osé imaginer. Etait-il trop tôt pour reprendre ? S’agissait-il purement et simplement d’une rechute ? Etait-ce juste le signe normal et encourageant que la mécanique se remet en place ? Ou, dans une approche plus psychologique, mon cerveau avait-il décidé de me jouer des tours ? Tel un amputé du pied qui ressent un « picotement fantôme » dans ce membre qu’il ne possède plus, étais-je devenu la victime d’une sensation imaginaire ? Autant de questions sans véritables réponses qui n’ont fait qu’amplifier certains doutes qui s’immisçaient déjà dans ma conscience avant la reprise.

jahom

Et maintenant ?

Je suis retourné courir une fois, deux fois. Le fantôme de la douleur continue de rôder dans les parages. Ses apparitions sont aléatoires, les sensations sont fluctuantes, tantôt très bonnes, parfois plus mitigées, sans que j’arrive à déterminer si mon pied me fait souffrir réellement. La situation est déstabilisante et m’empêche d’apprécier si je peux passer sans risque à la vitesse supérieure dans l’enchainement de mes séances. Je pourrais, dans un réflexe de précaution absolue, me mettre à nouveau au repos pour une, deux ou trois semaines. Mais repousser la reprise dans l’espoir d’une guérison totale, n’est-ce pas repousser sans cesse la reprise à demain ? Dans l’hypothèse où la blessure est bel et bien résorbée, le jeu consiste désormais à s’affranchir de cette focalisation omniprésente sur mon pied droit dès que je me mets à courir. J’ai aujourd’hui le sentiment que la rumeur de la blessure pourra enfin se dissiper dès lors que je me serai livré sans retenue à ma prochaine course.

4 réflexions sur “Le blessé imaginaire

  1. Pas facile la blessure, je comprends tout à fait ton ressenti. Et je retrouve dans ton CR ce que je vis également en ce moment.
    La grosse différence c’est que je suis sur de mon côté la blessure est la et même bien la. Déjà 3 semaines d’arrêts et j’aspire à reprendre mais ça veut pas :-(
    « Je dois prendre mon mal en patience » une expression que jusque-là je n’avais encore eu besoin d’utiliser..
    Bon courage pour la suite ! Et prends le temps de revenir sans vouloir aller trop vite. Tu vas retrouver tes sensations j’en suis sur !

      1. Arf, problème d’affichage sur ma tablette. Le « au début de l’été dernier » est perché la haut à droite de l’image, j’ai lu trop vite.
        En tout cas, merci !

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