Saintélyon 2016, duo gagnant

La Saintélyon est le rendez-vous de fin d’année quasi incontournable pour bon nombre de traileurs. Ses 63 ans d’existence en font une épreuve historique et sa spécificité d’être courue de nuit, dans des conditions météorologiques très variables d’une année sur l’autre, la rend à part.
Depuis une dizaine d’années, avec l’essor du trail running en France, la Saintélyon a accéléré son développement, en proposant des formats de course intermédiaires et plus accessibles que la course reine de 72 kilomètres entre Saint-Étienne et Lyon. La SaintExpress est ainsi née en 2010, la SaintéSprint est apparue en 2013 et la dernière née, baptisée SaintÉtic a vu le jour cette année, en 2016. Sachant que la Saintélyon peut aussi se courir en relais de 2,3 ou 4 coureurs, on peut dire qu’il y en a vraiment pour tous les goûts !

stlAu total, ce ne sont donc pas moins de 17000 coureurs qui se sont donnés rendez-vous ce premier week-end de décembre dans la capitale des gaules pour retirer leurs dossards ! Et ça commence à faire du monde.

Comme en 2013 et 2014, j’étais engagé sur la Saintélyon. Pour diverses raisons, j’ai préféré basculer sur la SaintExpress. On ne s’élance pas à l’assaut de 72 kilomètres à minuit sans être sûr de son coup. Cependant, même amputée de ses 28 premiers kilomètres, une Saintélyon devenue Saintexpress n’est pas une mince affaire. D’autant plus que le rythme logiquement plus soutenu sur ce format plus court demande une gestion de l’effort adaptée. J’étais donc ravi et curieux d’aborder l’épreuve sous un angle différent.

Comme à chaque fois, la Saintélyon débute à Paris, gare… de Lyon, passage obligé des coureurs franciliens qui décident de faire le déplacement par le train. C’est sur le coup de 13 heures que j’embarque à bord du même TGV que Greg et Bastien. Deux heures et quelques dizaines de minutes plus tard c’est avec le seul Greg que je pénètre dans la halle Tony Garnier, lieu d’arrivée des courses et de retrait des dossards. Bastien, qui sera malheureusement contraint à l’abandon après 50 kilomètres de course pour cause de genou récalcitrant, est parti rejoindre des amis. Il n’est même pas 16 heures et la longue période d’attente jusqu’au départ commence.

salon

Le retrait du dossard, la visite du salon, la présentation du film consacré à la Barkley en présence de son créateur Gary « Lazarus Lake », Laz pour les intimes, et Benoît Laval, puis le transfert en navette vers le site du départ de la SaintExpress meublent tant bien que mal une partie de cette longue journée. Greg m’abandonne assez tôt pour aller faire la sieste à Saint-Étienne. Malgré son entraînement assez léger des dernières semaines il ne sait pas encore qu’il va réaliser un beau numéro en venant à bout de sa quatrième Saintélyon en 8h33. Il est remplacé par Julien, le régional de l’étape qui me retrouve à la halle vers 19h. Sans en avoir vraiment discuté, nous savons que nous allons potentiellement passer une bonne partie de la nuit ensemble (sic).

finish

Le trajet dans un car surchauffé qui nous conduit vers Sainte-Catherine, petite commune située à une quarantaine de kilomètres de Lyon, me paraît interminable. Sur place, nous avons gagné quelques centaines de mètres d’altitude et perdu plusieurs degrés. Il va encore falloir patienter une heure et demi. Au choix, dans une tente chauffée sous dimensionnée pour accueillir les 3000 coureurs annoncés ou dans le froid de cette nuit étoilée qui commence. Nous décidons de partir nous (r)échauffer assez tôt.

stl2016-jahomÀ 23 heures c’est la libération ! Nous partons aux avant-postes à très bonne allure mais en gérant bien, contrairement à certains que j’entends rapidement souffler très fort. Il est important de bien se placer sur ces deux premiers kilomètres de bitume avant d’aborder les premières rampes et surtout avant le terrible enchaînement de la descente du bois d’Arfeuille avec la montée du Rampeau qui prend la forme d’un single long de 750 mètres et qui nous fait gagner 180 mètres d’altitude ! Au sommet nous atteignons le point culminant de la course à environ 900 mètres d’altitude et nous n’avons couru que 7 kilomètres ! Le temps de digérer ces efforts intenses de début de course et nous filons vers le premier point de ravitaillement.

Les sensations ne sont pas exceptionnelles. Je constate que Julien est très solide et qu’il va probablement falloir sortir de sa zone de confort pour que notre binôme reste uni dans l’effort. Sans surprise il est plus à l’aise que moi dans les portions en descente et je dois parfois combler quelques dizaines de mètres quand les sentiers redeviennent moins techniques. J’essaie toutefois de faire ma part de travail quand le parcours se prête mieux à mes qualités.

saintgenouNous traversons en trombe le premier point de ravitaillement de Saint-Genou sans nous arrêter après 11 kilomètres de course. Je reconnais le lieu de mon abandon de l’an passé après 39 kilomètres de course sur la Saintélyon. Vilain souvenir. Je ne suis pas mécontent de l’effacer en y repassant dans un contexte bien meilleur.

Nous nous dirigeons maintenant vers Soucieu-en-Jarrest. Le parcours ressemble désormais globalement à une longue descente vers Lyon, ponctuée de quelques « talus » qui cassent le rythme et rompent un peu la monotonie, dans une obscurité parfois totale. Autant de raisons de redoubler de vigilance. Une mauvaise glissade est vite arrivée. Il fait froid, comme en témoignent les carrosseries givrées des voitures stationnées que nous croisons dans les zones urbanisées.

soucieuÀ l’approche du célèbre gymnase chauffé de Soucieu où les concurrents de la Saintélyon aiment souvent prendre leurs aises après 50 kilomètres de course, je me charge d’imprimer un rythme relativement soutenu sur les longues portions goudronnées. Nous atteignons ce second point de ravitaillement après 24 kilomètres et 2h07 de course. Nous traversons le gymnase en marchant et en butinant sur les tables mais sans nous arrêter. La halle Tony Garnier nous attend !

Le brouillard commence à tomber, encombrant quelque peu les faisceaux de nos lampes frontales. Rapidement nous passons devant le panneau qui nous signale déjà l’arrivée à 15 kilomètres. Une arrivée commune se dessine. l’affaire n’est pas encore pliée mais elle est en bonne voie !

chaponostL’ultime ravitaillement de Chaponost intervient à moins de 10 kilomètres de Lyon. Julien qui contrairement à moi surveille régulièrement sa montre pour calculer mentalement la qualité de notre progression commence à penser que les 4 heures sont à notre portée. Ce qui ne semble pas à être le cas de mon cerveau qui commence à demander à mes jambes de baisser l’allure.
L’horrible ascension du chemin de Montray constitue la dernière vraie difficulté de la course. Au sommet il reste 5 kilomètres. Nous allons bientôt apercevoir le majestueux bâtiment qui abrite le musée des Confluences de Lyon.
Nous traversons un premier pont au-dessus la Saône puis empruntons le pont Raymond Barre pour enjamber le Rhône. C’est le moment choisi par mes jambes pour réclamer une pause. Julien arrive à me convaincre de ne pas les écouter trop longtemps et me pousse dans mes derniers retranchements que je n’avais pas prévu d’aller chercher cette nuit.
Il reste moins d’un kilomètre ! Après 4 heures d’effort, nous voici de retour aux abords de la halle Tony Garnier. Je félicite et remercie Julien avant d’y pénétrer et nous passons ensemble sous l’arche d’arrivée en 4h01’23. Il est 3 heures du matin.

lyonUn peu plus loin un écran qui affiche les résultats en temps réel nous crédite des 65ème et 66ème places. J’échouerai finalement à la 70ème, au petit jeu des vagues du départ. Un peu moins de 2400 coureurs et coureuses figurent au classement final.

J’espérais fermer l’oeil quelques heures à l’espace presse, une fois changé et restauré mais je n’y suis pas parvenu. J’ai donc pu assister aux arrivées des champions de la Saintélyon avec Julien qui fila rapidement retrouver les siens en banlieue lyonnaise, discuter un peu avec Sylvaine Cussot qui prend une belle deuxième place après une fin de course à suspens et accueillir un Greg légitimement fatigué après son périple de la nuit. Quelques dizaines de minutes plus tard, moins de 24 heures après être arrivés, nous étions déjà en route vers la gare pour rentrer à Paris.

La saintélyon, c’est avant tout une histoire de potes et de partage. Qui aurait l’idée bizarre d’aller affronter une nuit blanche tout seul dans son coin ?

jahom-mangeurdecailloux

9 réflexions sur “Saintélyon 2016, duo gagnant

  1. C’était une belle nuit.
    Tu as quand même oublié tes citations récurrentes :
    « Le bitume ça repose » et « fais ch!€£ cette nuit j’y vois rien »
    Merci pour la balade et les relances :)

    1. Y a un truc dont je me suis pas plaint (ou alors très doucement). J’ai fait une grande partie de la course avec mes lunettes sur le crâne. Je suis myope. Ceci explique un peu cela :o

        1. on ne le saura jamais mais une chose est sûre, même avec des lunettes de compétiiton quand tu traverses des forêts humides en courant, tu les embues à coup sûr…

  2. Ça donne presque envie d’y venir en 2017, le plaisir de courir avec un pote. Ou même tout seul d’ailleurs. Sans doute parce qu’on oublie que c’est quand même ‘achement dur ces profils ou il faut courir!

  3. Bravo Philippe. On sent dans ton récit que pour toi le fin du fin d’une course c’est une aventure entre amis…et pourtant tu claques un chrono dément à chaque fois. Va falloir que tu m’apprennes… je ne peux pas à la fois être dans le partage et la performance, je suis contraint de faire un choix.

    1. hello, je ne sais pas si j’ai les mots pour expliquer ça. d’ordinaire je suis un animal plutôt solitaire. je n’ai jamais pratiqué de sport collectif par exemple. mais en course à pied, et plus particulièrement en trail, j’ai découvert que partager une course avait du sens pour moi. et ça va au-delà du simple fait de ne pas courir tout seul. c’est une sorte de communion qui ne nécessite pas énormément d’échanges verbaux pour être appréciée. ce qui arrange le grand bavard que je ne suis pas :)
      par ailleurs je pense que ça m’aide à aller plus loin dans l’effort comme ça a été le cas ici.

      en parlant de performance, un 7h sur une saintélyon surpasse un 4h sur une saintexpress !

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