Origole 2018 : une drôle de course

Force est de constater que ce blog est en train de décéder, après presque 10 années de bons et loyaux services. Les moeurs ont changé, les usages aussi. Place au marketing d’influence et à sa cohorte d’instagrameurs·euses. Je suis un grand fan d’instagram au quotidien, dont j’ai été un early adopter dès 2011, mais je n’ai absolument pas l’intention de « travailler » ma modeste communauté sur le thème de la course à pied. Terminées les propositions et autres sollicitations des marques ou des agences de comm’ à tester la dernière paire de godasses ou à être invité sur telle ou telle épreuve. Pas de nostalgie aucune, ni d’aigreur déplacée. J’ai vécu de belles choses et fait de jolies rencontres grâce à cet « outil ».

Je tiens pourtant à revenir ici sur ma course du week-end ou plus précisément sur ma nuit du samedi 1er au dimanche 2 décembre 2018. Parce que je ne m’attendais vraiment pas à vivre un tel scénario. Cette course c’est l’Origole, une institution dans les Yvelines, qui a vu le jour en 2005. Ayant vécu près de 20 ans dans l’un des villages voisins du Perray-en-Yvelines, je me devais évidemment d’en prendre le départ un jour. Et pas pour courir 25 ou 44 kilomètres, mais bien la plus grande distance proposée cette année, soit 76 kilomètres annoncés et près de 2500m de dénivelé positif.

Je prends mon dossard vers la fin du mois d’octobre et comme à mon habitude n’effectue pas de préparation très spécifique même si je privilégie les sorties vallonnées. Pas vraiment le temps non plus de caser de longues sorties en forêt. Heureusement, les 1500 kilomètres de vélo effectués depuis l’été m’auront probablement aidé à peaufiner mes capacités d’endurance. C’est donc avec une confiance mitigée que j’aborde l’épreuve, d’autant plus que ma dernière participation à ce type de course remonte à presque trois ans et que j’ai perdu les repères établis.

Ce samedi 1er décembre, je prends la direction la zone industrielle du Perray-en-Yvelines où se situe le gymnase qui fait office de point de départ. Les conditions météo sont particulièrement humides et le terrain s’annonce très gras. Le profil de la course est casse-pattes au possible. Très peu de bitume, peu de portions roulantes et de moments de répit, des bosses du début à la fin ! C’est différent de l’éco-trail de Paris ou de la SaintéLyon qui sont mes courses de référence sur cette distance.

Le parcours se compose de 2 boucles avec passage au point de départ après la première, qui affiche 44 kilomètres de long. Sur les 353 coureurs au départ du grand trail, une petite centaine ne trouvera pas le courage de partir à l’assaut de la seconde boucle de 31 kilomètres.

Le millier de participants aux trois courses prend le départ sous la pluie à 20 heures pétantes. Comme toujours dans ce contexte, il ne faut pas se laisser perturber par le rythme des uns et des autres. Je parcours tout de même les 1500 premiers mètres, plats, de la course à un peu plus de 12km/h, avant d’entrer rapidement dans le vif du sujet. Avec ces conditions difficiles j’ai pour seul objectif de rallier l’arrivée en me faisant plaisir, si possible en moins de 10 heures.

Le plaisir est bien là tout au long de cette première boucle. Je ne surveille pas ma montre. Au point de ravitaillement liquide situé au kilomètre 17, j’ai la bonne surprise de tomber sur Mickael, très bon photographe de Wondertrail, qui shoote les coureurs dans ces conditions extrêmes et qui me reconnaît tout de suite. Il me mitraille avec son flash déporté. Je le retrouverai à la fin de la première boucle puis à l’arrivée (spoiler, j’ai fini la course !). Mille mercis pour toutes ces photos souvenir !

Le parcours, qui propose un enchaînement à répétition de murs à 20% ultra glissants et de descentes tout aussi abruptes et grasses dans lesquelles il convient de redoubler de prudence, est usant, mais divertissant.

À une heure du matin, de retour au gymnase après 44 kilomètres et un peu moins de cinq heures de course, je ne m’éternise pas. Près de 5 minutes tout de même selon le chronométrage, soit le temps d’avaler banane et pain d’épice et de trouver de l’eau pour remplir mes flasques (Merci encore Mickael ;))

Le plus dur est fait. Enfin c’est ce que je pensais en ressortant du ravitaillement et en me lançant à l’assaut de cette seconde boucle un peu plus roulante que la première. Je commence déjà à me perdre dans des calculs mentaux sans fin sur la marge de manoeuvre dont je dispose dans ma quête des 10 heures. Je me retrouve totalement seul dans les bois. Sensations étranges comme toujours. La nuit se fait parfois oppressante. Le noir est total hors du faisceau généré par ma lampe frontale.

Le suivi du balisage requiert une attention de tous les instants. À certains moments le parcours ne suit pas de sentier et il convient de rester extrêmement vigilant ! Je vais d’ailleurs jardiner quelques instants à plusieurs reprises et même m’énerver un peu. D’autant  que pour une histoire de balisage (débalisage sauvage ?), un fait de course étonnant va se produire. Six ou sept coureurs devant moi sont partis sur une mauvaise piste. Sans le savoir à ce moment là, vers le km 46, je leur grille la priorité !

Quelques hectomètres plus loin, une bénévole chargée de signaler une traversée de route m’annonce que je suis le troisième à passer à cet endroit. Je suis donc troisième de la course après 50 kilomètres ! Et ça change tout dans ma tête. Naïvement je me dis qu’il y a un truc à faire et je décide de jouer le jeu en tentant de maintenir une allure respectable et en courant dans certaines bosses là où j’aurais probablement marché sans cette situation inattendue.

Évidemment les coureurs qui me suivent et qui sont revenus dans le droit chemin, sont meilleurs que moi. Je suis encore quatrième au km 60 après que l’un d’entre eux m’ait repris et raconté ce qui lui ait arrivé. Malheureusement j’ai déjà commencé à puiser généreusement dans mes ressources et je commence à coincer alors qu’il reste encore 15 kilomètres, ce qui est énorme sur ce type de terrain et dans ces conditions.

La course plaisir est terminée, je me retrouve rapidement à la peine et commence à beaucoup marcher. mes appuis deviennent fuyants, je tombe même à plusieurs reprises. Des chutes heureusement sans conséquence.

Mes poursuivants me reprennent les uns après les autres. Cette fin de course est in-ter-mi-nable. À trois kilomètres de l’arrivée je réunis mes dernières forces pour me remettre à courir (trottiner) en continu sous les trombes d’eau qui commencent à s’abattre sur nous. Dans la bagarre mon objectif sub 10h s’est transformé en sub 9h. Je fais des calculs dans tous les sens et m’aperçois qu’en maintenant cette allure, si modeste soit-elle, c’est encore jouable ! Je serre les dents sur les 800 derniers mètres de bitume qui nous ramènent vers le gymnase.

C’est complètement absurde mais je me suis lancé dans une course finale contre la montre. Il est cinq heures du matin. Je pénètre dans le gymnase, me rue sur le tapis d’arrivée et aperçois le chronomètre de la course qui se fige sur 9h00’00 ! C’est fou, j’en oublie de stopper ma montre. Le classement s’affiche sur l’écran de suivi en temps réel, je suis 16ème/6ème V1.

Une sacrée dégringolade. Aucune déception évidemment, j’ai le sentiment d’avoir vécu une course exceptionnelle, parmi les plus difficiles de toutes celles auxquelles j’ai participé jusqu’ici. Mickael est encore là pour m’accueillir et recommence à me mitrailler tandis que j’essaie de retrouver mes esprits en recevant ma médaille et ma « polaire » de finisher.

© photos course : Mickael Lefèvre / Wondertrail

16 réflexions sur “Origole 2018 : une drôle de course

  1. Bravo pour ta course! Beau CR en espérant que ton blog ne mourra pas…Les influenceurs sur Instagram, moi je m’en fiche. Un beau billet comme tu sais les écrire, ça me parle beaucoup plus comme coureur. En passant, ta performance, sans trop de préparation spécifique, elle est géniale.

    1. Merci de ta fidélité François. Tes mots me touchent. J’ai publié seulement 6 fois en 2018. Mais comme j’aime bien garder une trace de mes courses, je vais probablement continuer à en narrer quelques unes ;)

  2. Toujours aussi plaisant de te lire. Le web perdrait beaucoup si ce blog fermait…
    En tout cas, j’ai bien cru que tu allais nous dire que tu avais fini sur la première marche. Avec un entraînement plus sérieux, je suis sûr que ce serait le cas.
    En tout cas, bravo! Sur les dernières photos, tu as l’air rincé! :-D

  3. Bravo … super bien raconté comme toujours, j’imagine comment ça turbine bien dans la tete sur la derniere partie avec les rebondissements … tu as super bien mené cette course… et au final , un temps plus qu’honorable et un joli classement pour qui voulait juste finir ;-))

  4. A te lire, on se dit que quelques Instas auraient bien du mal à rendre compte de ta folle nuit, même avec la présence d’un photographe personnel :) Super course à rebondissement.
    Je ne fais plus de CR (rien sur L’Ecotrail de madère, rien sur l’Hivernale mais je me dis que c’est dommage en te lisant…

    1. Merci Fabrice. Je n’avais pas prévu de parler de cette course. Surtout si je l’avais faite pépère au cœur du peloton. Mais avec les photos de Mickael et la façon dont les choses se sont déroulées, je ne pouvais plus faire autrement. ça faisait longtemps que je n’avais pas pris de plaisir à publier ici, sans avoir de compte à rendre à personne :)

  5. Ca avance quand même, 9h pfiouuu. J’ai trouvé le balisage un peu léger pour une course de nuit, il fallait rester attentif, et au bout d’un moment… Bon c’est le jeu, la course est voulue difficile (sans eau sur le ravito de la seconde boucle et en n’ayant rien mangé au gymnase, j’ai mangé sévère en gestion d’énergie…). Bref, chapeau, c’est un autre niveau que le mien !

    1. Salut, merci pour ton commentaire. C’est vrai que sur la seconde boucle il fallait rester vigilant, j’ai pesté quelques fois. Et aussi avoir rempli ses réserves de liquide ! Bonne fin de récup’ ;)

      1. Pas d’eau alors que c’est annoncé (en quantité limitée qu’ils disaient), c’est limite quand même. Quand on souffre à l’arrière de la course, c’est un petit réconfort mental. Bon, ça c’est fini, mais je préférerais que tout le monde soit à la même enseigne.

        1. Bien sûr, sachant qu’il restait quasiment 20 bornes à ce moment là ce qui est énorme ! Mais ça ressemblait plus à un ravito sauvage qu’autre chose. J’étais 3ème en passant là, j’en ris encore. Bon personnellement je n’avais qu’un litre sur moi contre les 1.5 obligatoires

  6. Je me souviens de notre discussion concernant cette édition de l’origole que tu n’étais pas certain de faire mais qui te faisait de l’oeil en tant que « régional de l’étape » pour le « FUN ».
    Comme quoi les courses plaisirs peuvent accoucher de rebondissements et de satisfactions insoupçonnées!
    Bravo donc pour ton classement et pour ton récit.
    Toujours aussi sympa de lire tes exploits, j’espère qu’on continuera à te suivre sur tes prochaines aventure sur le blog!

    1. Ah oui c’est vrai, je me souviens bien. Je te rejoins dans tes propos. J’essaie de plus en plus de mettre l’objectif chronométrique de côté et de voir ce que ça donne. Sans pour autant jouer au touriste. On ne se refait pas :)

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